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mercredi, 28 mai 2008
« J'ai vu voler les pavés à Saint-Michel »
Témoignage sur mai 68 (série Yonne Républicaine)
Avec son accent de Lourdes, la petite provinciale est allée tout autant à la Sorbonne que sur les Champs, pour voir de Gaulle.
CATHERINE LAMOUREUX habitait Paris depuis 1966. En 1968, la petite habitante de Lourdes, du haut de ses 20 ans, n'avait rien perdu de son accent chantant. On la taquinait, dans la capitale, quand elle commandait une « cho-co-la-ti-ne ». Ses interlocuteurs recevaient une brassée de notes exotiques et entendaient rouler le Gave dans sa voix. Comme tant d'autres, elle en rêvait de la ville et de ses secrets. La montagne est belle, dans les Pyrénées. Elle a quitté ses monts pour d'autres sommets. Avec la tour Eiffel pour point géodésique. Catherine Lamoureux occupait une chambre spartiate, au sixième étage d'un immeuble, 6 m2, avec toilettes sur le pallier et sans ascenseur. Mais dans le XVIe, s'il vous plaît !
Un job chez Renault
Elle a trouvé un job chez Renault à Billancourt. Catherine Lamoureux était affectée au Billancourt athletic club. « J'étais secrétaire. J'enregistrais les adhésions, je percevais les cotisations et nous organisions des voyages. Quand nous partions faire du ski, durant un week-end, je prenais les inscriptions. En mai 1968, les étudiants ont commencé à bouger.
A la régie Renault, ça s'agitait aussi. Je prenais mes repas à la cantine. Le bureau que j'occupais, ressemblait à une sorte de boutique au cœur de l'usine. Quand ça a commencé à chauffer, j'ai eu un peu la trouille. On fermait la grille, tout en laissant la porte ouverte. Pour plus de sécurité, le secrétaire général, en accord avec la direction générale de la régie Renault, a décidé de fermer le bureau », se souvient la jeune secrétaire que démangeait l'envie de voir les événements de près. Elle se rendait parfois dans le quartier latin « pour voir comment ça se passait ». Et voir les pavés voler, boulevard Saint-Michel. « Je suis passée devant la Sorbonne, par curiosité. A ce moment-là, j'avais un petit ami. Nous voulions quitter Paris, mais impossible ! Il n'y avait plus d'essence ! Quand il y en arrivait quelques centaines de litres, trente voitures faisaient la queue pour s'approvisionner ».
Il était droit comme un I
Alors, la jeune Catherine a rongé son frein. Après le quartier latin, changement de décor. Pour être témoin des événements, elle a voulu découvrir l'autre versant.
« J'ai vu de Gaulle, debout, droit comme un I. Il y avait beaucoup de monde de chaque côté de l'avenue », se souvient la jeune Pyrénéenne qui travaille aujourd'hui dans les secrétariats des mairies de Villeperrot et Saint-Denis-lès-Sens. Quand elle regarde vers ces quatre décennies de ses 20 ans, elle se dit, au fond, ravie d'avoir eu la curiosité à fleur de peau. Envie de savoir, de comprendre, d'être le témoin. C'est peut-être cette même soif d'être témoin qui l'a conduite, à la fin des années 80 et au début des années 90, à être la correspondante de l'Yonne républicaine, dans le canton de Pont-sur-Yonne.
Son regard se voile un peu. Nostalgie quand tu nous tiens. 68 ! C'était presque hier et les images défilent sur le kaléidoscope. Avec les gueules de prolos de Renault, la forteresse ouvrière. « Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Nous avons fermé le club durant quelques semaines. C'est quand la régie Renault s'est calmée que nous avons de nouveau ouvert. A l'époque, mai 68 m'intéressait. Je n'étais ni militante, ni distante. J'étais curieuse et j'allais aussi bien voir les pavés voler que le général défiler »
09:42 Publié dans Saint-Denis-lès-Sens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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